De l'ASC Sallanches à la Coupe du Monde FIFA 2026
Sport et Loisirs
Publié le 21 October 2026
Elles ont tapé leurs premiers ballons à l’ASC Sallanches. L’été dernier, Anaïs Stephany et Elsa Pelicant ont vécu la Coupe du Monde de la FIFA 2026 de l’intérieur, comme bénévoles à Seattle. Un témoignage qui raconte ce que s’engager au service du sport veut dire.
Rencontre avec Anaïs et Elsa
Quand avez-vous intégré l’ASC Sallanches, à quel âge ?
Anaïs : C’était quand j’avais dix ans, mes trois grands frères jouaient, j’allais aux matchs, j’ai fait un
premier stage d’été et je suis rentrée en U11 avec les garçons.
Elsa : J’ai commencé le foot à l’âge de 11 ans avec les garçons à l’US Mont-Blanc à Passy, en parallèle j’étais en classe foot au collège du Verney à Sallanches. Je n’ai joué qu’une saison à l’ASC Sallanches avec les garçons parce qu’ils ont ouvert la section féminine lors de la saison 2013-2014. Du coup je voulais jouer dans une équipe féminine pour savoir ce que cela fait de ne jouer qu’avec des filles. Je faisais les entrainements avec les garçons et les matchs avec les filles quand il y en avait besoin.
Qu’est-ce qui vous a poussées à vous rendre aux États-Unis ?
Anaïs : On m’en avait déjà parlé quand j’étais plus jeune « Oh, le football féminin c’est vraiment bien aux États-Unis, il faudrait que t’ailles voir », mais je venais de commencer le foot à l’époque, j’étais trop jeune. Au final ce qui m’y a poussée c’est que j’en ai eu l’opportunité. Et un jour une agence m’a contactée sur Facebook, et je me suis dit « Pourquoi pas ? ». Mon père m’a dit « Vas-y fonce, c’est une université tu peux continuer tes études et faire les deux », donc ça a été très spontané. C’est arrivé juste après mon bac donc j’ai eu la chance de le faire. Apprendre l’anglais m’a poussée à le faire également.
Elsa : C’est leur structure sport-études au niveau universitaire. J’ai toujours été dans le sport étude, et quand je suis arrivée au niveau universitaire je jouais avec Thonon-Évian en D2. Je voulais continuer les études dans le sport, je suis rentrée en STAPS à Chambéry, mais même si on était en D2 on n’était pas reconnues comme joueuses de haut niveau. Il n’y avait pas de structure, j’étais obligée de faire les allers-retours entre Chambéry et Thonon et ça ne correspondait pas avec mes horaires de cours. J’ai compris à ce moment-là que j’allais devoir faire un choix entre arrêter mes études ou arrêter le foot, ce que je n’envisageais pas du tout parce que ça me passionne.
Quand une agence m’a contactée pour me proposer d’aller finir mes études aux États-Unis et continuer le foot, j’ai tout de suite accroché, parce que je n’avais pas de contrat à ce moment-là et j’avais besoin d’avoir un niveau d’étude supérieur au Bac. Et quand j’ai vu la structure américaine où on pouvait avoir cours le matin et foot l’après-midi, j’ai sauté sur l’occasion pour l’expérience.
Et en plus de ça, le fait d’avoir l’opportunité de partir à l’autre bout du monde et d’apprendre une langue m’intéressait. C’était un peu angoissant, quand je suis partie je ne parlais pas anglais mais c’est une expérience que je conseillerais à n’importe qui de faire.
Comment avez-vous intégré la FIFA en tant que bénévoles ?
Anaïs : Quelques mois avant la Coupe du Monde j’ai envoyé ma candidature en ligne. J’avais fait la FIFA Club World Cup l’année précédente, je pense que ça m’a aidée d’avoir déjà une expérience avec la FIFA. Après il y a plusieurs étapes : on récupère nos uniformes, on nous donne un rôle et il y a une phase d’entraînement.
Elsa : J’ai postulé sur leur plateforme en ligne. C’était un dossier avec des demandes d’informations comme la raison pour laquelle on voulait intégrer la FIFA. Après avoir postulé, j’ai été sélectionnée pour passer un entretien en appel vidéo avec une personne de la FIFA qui m’a reposé d’autres questions comme « Qu’est-ce que je pourrais apporter ? », « Quelles sont mes expériences passées ? » etc. Et après cet entretien j’ai été sélectionnée pour être volontaire à Seattle.
Quel y était votre rôle ?
Anaïs & Elsa : Nous avions le même rôle et étions dans la même équipe : les cérémonies
d’ouverture. Nous arrivions avec les drapeaux des équipes qui s’affrontaient sur le terrain le temps de leurs hymnes nationaux, puis nous les repliions. Les joueurs sont déjà sur le terrain donc il faut sortir le plus vite possible. On est vraiment au cœur du début de match, il y a tous les fans qui sont chauds, la musique, l’annonce des joueurs, c’était trop bien ! En tout, nous étions 200 volontaires sur ce rôle.
Quel est votre retour sur cette expérience ?
Anaïs : C’était génial ! C’est vraiment trop bien d’être au cœur de la Coupe du Monde. Les États-Unis ont joué deux fois à Seattle. Il y avait beaucoup de monde. Il y a eu des feux d’artifice, des hélicoptères militaires, et des avions qui diffusaient les couleurs des pays. Mon retour : j’aimerais trop le refaire, j’ai déjà envoyé ma candidature à la Coupe du Monde Féminine du Brésil de 2027. J’espère avoir le même rôle, je pense que c’est le meilleur.
Elsa : L’expérience, je la qualifierais d’incroyable. C’est un peu difficile de mettre des mots dessus, c’est à couper le souffle. On a rencontré des personnes du monde entier avec des expériences et des histoires différentes. Ça m’a confirmé que je voulais faire carrière dans le sport, dans la gestion d’événements sportifs et plus spécialement dans le foot parce que c’est le sport qui me passionne. En un mot : incroyable !
Avez-vous une anecdote à nous partager ?
Anaïs : Ce n’est pas vraiment la coupe du monde mais avec Elsa on ne s’était jamais vues aux États-Unis. On n’a pas eu le temps de se voir en sept ans et la Coupe du Monde nous a réunies et nous a permis de passer l’été ensemble.
Anaïs : Pour le match des Etats-Unis contre la Belgique, ils avaient mis des feux d’artifice qu’il n’y avait pas pour les autres matchs. Donc ils ont changé un peu l’organisation de la cérémonie. Une équipe en plus a installé les feux d’artifice. J’étais sur le côté où ils les installaient donc je suis partie. Mais Elsa a dû rester. Mais elle était très proche des feux d’artifice. Quand ils ont été déclenchés elle a flippé, et j’ai beaucoup ri à ce moment-là (rires).
Elsa : Anaïs a vu la tête que j’ai fait quand j’étais à deux mètres du feu d’artifice, mais dans ma version de l’histoire j’étais à peu près à 10 mètres du feu le plus proche, et c’étaient des grosses bases de feux d’artifice donc j’ai vraiment eu la trouille (rires). Au final tout s’est bien passé. Mais quand les feux ont explosé on s’est pris toute la fumée et quand on a refermé le drapeau, il y avait toute la cendre qui nous venait dans le visage, c’était irrespirable.
Anaïs, comment évolue votre parcours footballistique aux États-Unis ?
Anaïs : Bonne question ! Aux Etats-Unis, en Bachelor, on fait simultanément 4 années d’études et 4 années de football, j’ai fini mes années de sport, et je termine mon Bachelor cette année. Côté football, aujourd’hui je joue en semi pro l’été dans l’équipe des Rhodies, en USL W, la troisième ligue aux ÉtatsUnis.
Elsa, qu’est-ce qui vous a poussée à rentrer à Sallanches et comment y évolue votre parcours footballistique ?
Elsa : Je venais de finir mon master et je cherchais des opportunités dans la gestion d’événements sportifs aux États-Unis. Normalement il y a plus de portes qui s’ouvrent là-bas parce qu’il y a plus de structures sportives et que j’avais fait quelques stages qui m’avaient vraiment intéressée. Mais je n’ai pas eu de réponses positives à tous les postes où j’ai postulé. En plus de ça, c’est devenu compliqué avec les visas, il y a eu beaucoup de nouvelles politiques pour les internationaux. Il fallait refaire tout un visa et repayer plus cher qu’avant en prenant le risque que le visa soit refusé. J’ai donc décidé de rentrer en France pour intégrer un club de haut niveau.
J’ai signé à l'Étoile Carouge, en Suisse, en Ligue National B. C’est toujours du niveau amateur, mais si on gagne toute la ligue on pourrait être promues en niveau professionnel et c’est un challenge vraiment intéressant.
Qu’est-ce qui vous plait le plus dans le sport, et dans le foot en particulier ?
Anaïs : Dans le sport pour moi ce sont les amies et les coéquipières qui viennent de partout. Ça me fait voyager de rencontrer ces joueuses. Surtout aux États-Unis, dans ma première université il y avait pratiquement une joueuse de chaque pays, Brésil, Espagne, Angleterre, Argentine etc.
En ce qui concerne le foot, c’est un peu comme une évidence. Certains aiment la musique, moi ça a toujours été le foot.
Elsa : Dans le sport, c’est la cohésion, l’esprit d’équipe, la compétition et le fait d’avoir un objectif commun. Le football m’a beaucoup apporté sur et en dehors du terrain. Ça m’a appris la persévérance et le dépassement de soi. Toutes les valeurs qu’on apprend au foot comme l’esprit d’équipe sont utiles dans tous les aspects de notre vie. Le foot m’a également permis de faire les plus belles rencontres de ma vie, de rencontrer des personnes du monde entier, et de vivre l’expérience des États-Unis. Sans ma bourse universitaire, je n’aurais pas pu y aller.
Quelque chose à ajouter ?
Anaïs : J’aimerais bien rester aux États-Unis pour le moment et que mon métier soit dans le sport féminin en tant qu’entrepreneuse. J’ai envie de parler du tabou du cycle menstruel dans les équipes et d'intégrer ces données aux entraînements et dans les conversations du sport de haut-niveau.
Elsa : Pour tous les plus jeunes qui rêvent d’aller plus haut, il y a toujours une opportunité, une option pour ouvrir les portes. Il faut toujours croire en ses rêves. Plus personnellement, je pense à passer ma licence pour devenir agent de joueuses. J’aimerais être celle qui ouvre des portes aux plus jeunes puisqu’aux États-Unis j’ai eu beaucoup de contacts, j’ai changé beaucoup de fois d’école et j’ai rencontré beaucoup de coachs. Ce serait pour moi un honneur d’être celle qui a permis à quelqu’un de réaliser ses rêves.
À lire aussi